
Betty raconte son enfance et son adolescence dans l’Ohio dans une famille marginalisée et pauvre pendant la deuxième moitié du 20ème siècle. Son père, Landon Carpenter, est un descendant des Cherokees, imprégné de la culture de son clan, les Aniwodis, de la permanence des ancêtres, des traditions, de l’union avec la nature. Tous les évènements de la vie s’expliquent par des métaphores poétiques qui apaisent les tourments. Betty est la sixième de huit enfants, celle qui lui ressemble le plus et qu’il appelle « Petite indienne ». Sa mère s’appelle Alka Lark, fille unique d’un couple de blancs, père tyrannique et mère soumise. Elle fait face tant bien que mal aux exigences du quotidien et se tient debout bravement grâce à la présence de Landon. Pour elle, Betty est une victime de plus de la malédiction des femmes.
Contrairement à ses soeurs, Betty a l’apparence d’une métis indienne et elle en supporte les conséquences à l’école et en famille. Mais Betty est forte grâce à l’enseignement de son père et à sa capacité à écrire ses émotions et ses révoltes. Sa force sert de prétexte à ses soeurs et surtout à sa mère pour se décharger de leurs angoisses et de leur incapacité à vivre leur vie. Le roman de Tiffany McDaniel est une partition musicale pour deux instruments: la vie avec Landon est un chant poétique plein de métaphores lumineuses, fraiches et naïves; la vie avec Alka est un chaos monstrueux qui donne lieu à des pages déchirantes et malgré le charme de Landon et la force de Betty, c’est bien la malédiction des femmes qui domine ce magnifique roman.
De Tiffany McDaniel j’ai déjà rapporté dans ce blog, le roman « L’été où tout a fondu » (https://critiquacroquer.fr/lete-ou-tout-a-fondu) et j’ai alors écrit: Heureusement, pour faire passer cette pillule amère, pour nous faire accepter de regarder en face ce qu’on ne veut pas voir au quotidien, il y a l’écriture de Tiffany Mc Daniel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiffany_McDaniel), aussi flamboyante et colorée que son histoire est noire. Elle est inventive, imagée, poétique, fine et sensible et en fin de compte, addictive. Il n’y a rien à ajouter, si! Betty c’est l’histoire de sa mère.