
J’ai déjà présenté Mylène Bouchard lorsque j’ai parlé de son roman « La garçonnière » (https://critiquacroquer.fr/wp-admin/post.php?post=504&action=edit) dans lequel le projet de ses personnages pour leur relation à venir est de « Refuser d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques ». Elle a publié en 2017 dans sa propre maison d’édition « L’imparfaite amitié », un roman initiatique sur les sentiments d’amour et d’amitié et sur les relations qu’on tisse avec les proches. Ma première impression sur ce roman pas comme les autres, c’est la poésie du texte, un vrai régal renforcé par le découpage du récit. Ce qui m’amène à la question: est-ce un roman déconstruit pour mettre en valeur les personnages et les idées ou est-ce que le roman n’était pas fini de construire quand l’autrice a reconnu qu’elle pourrait le livrer ainsi (d’où « imparfait » dans le titre)? Puis surgit une autre question due à la justesse et la profondeur jusque dans l’intimité profonde de certaines pages, est-ce un roman autobiographique?
Amanda est née en 1967 dans une île du Saint Laurent, la nuit où on a brûlé la goélette Amanda Transport pour mettre fin à sa carrière, c’est la raison pour laquelle elle s’appelle Amanda et toute sa vie la « goélette de bois » sera une métaphore de ses aventures. Tout au long du roman, Amanda s’adresse à sa fille, Sabina, pour l’exhorter à « aimer très fort » parce que c’est ce qui justifie les actes de la vie. C’est un souvenir ravivé par l’image de sa fille de 16 ans à la fenêtre qui provoque l’urgence de transmettre à ses enfants et d’établir un pacte pour que la goélette de bois reprenne la mer (c’est-à-dire pour qu’Amanda change de vie). A la lumière de ses propres expériences, Amanda s’interroge sur la frontière entre l’amitié et l’amour et sur le prix à payer pour vivre l’amour, le prix de l’exil, le prix des choix. Elle met Sabina en garde contre la souffrance due à l’absence des personnes aimées et la tentation de la souffrance.
Trois générations de femmes figurent dans le roman: Anne Marie, la grand -mère, femme solide qui a choisi de ne jamais quitter son île, Madeleine, la mère habituée à l’intermittence de son mari et qui a dû choisir entre Pierre et Daniel, enfin Amanda, la goélette qui rompt les amarres parce qu’elle veut tout, tout aimer, tout consommer. Elles sont là, dans le coffret de souvenirs qu’Amanda destine à sa fille et le roman figure le contenu du coffret dans son agencement originel: lettres, cartes, fiches typographiques, carnets de voyage, cassettes audio, films … une architecture inhabituelle pour un livre. Dans ses pages, beaucoup de fulgurances poétiques, intellectuelles, d’imaginations et de réflexions (sur l’écriture, l’impossible amitié entre un homme et une femme, la vision du monde: lire, dire, écrire et enfin nommer…). L’amitié est un amour sans contraintes ni compromis et l’amour est une amitié imparfaite qui impose de « choisir, résister et aimer très fort ». https://www.babelio.com/livres/Bouchard-Limparfaite-amitie/923978