A propos des violences policières

Existe-t-il des violences policières? Oui sans aucun doute. Sont-elles, au moins pour certaines, justifiées? Non, jamais. Existera-t-il toujours des violences policières? Oui sans aucun doute, parce que le maintien de l’ordre est une entreprise humaine et que, par essence, elle est donc imparfaite. Et c’est pour cette même raison que toute réflexion sur les violences exercées par les forces de l’ordre doit inclure celles subies par ces professionnels. Tendre la joue droite quand on vous a frappé sur la gauche est un idéal, on y tend sans jamais y parvenir. Des partis politiques, des médias (https://www.4revues.fr/la-revue-dessinee/250-hors-serie-violences-policieres.html), des associations, des citoyens réclament haut et fort: EN FINIR AVEC LES VIOLENCES POLICIERES. Comment comprendre cette injonction?


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VIOLENCES POLICIÈRES, DÉMOCRATIE EN DANGER
Mise en ligne par : Le Média, 1 déc. 2019

La confrontation des citoyens avec les forces de l’ordre dans le contexte des manifestations populaires légitimes créent des motifs de violence pour la violence qui s’exerce au quotidien. Les manifestations légitimes relèvent d’une dramaturgie assumée par la société. Ce grand spectacle « en live » a pour thème la contestation du pouvoir politique jusqu’à infléchir ses décisions. Le cadre est le centre urbain pour être vu. Les acteurs de la pièce: les contestataires qui s’expriment, les médias qui attendent du spectacle, les « violents » qui vont du contestataire en colère aux casseurs professionnels, les victimes des « violents », les forces de l’ordre qui doivent protéger les uns et affronter les autres et qui, dans la pièce, représentent le pouvoir contesté, enfin ceux qui exercent le pouvoir, qui commandent les forces de l’ordre, qui autorisent le spectacle et donc partagent avec les organisateurs la responsabilité des évènements et leurs conséquences. La violence est inhérente à l’évènement, latente ou révélée. Le niveau de violence (agressions bilatérales, dégradations des biens publics et privés) est conforme aux normes actuelles de la société. Alors, pourquoi s’en plaindre? On peut ne pas autoriser le spectacle, on peut lui trouver d’autres modalités d’expression. Au début du siècle précédent les manifestations étaient adaptées au mode de vie, aux codes sociaux et aux possibilités de communication. Les modalités n’ont pas évolué en proportion du changement des modes de communication et des changements de la société.

Le chef d’orchestre des spectacles de rue

Les violences exercées/subies par les policiers doivent-elles nous surprendre? Non sans aucun doute car la violence est devenue un mode d’expression courant et banalisé dans notre société et avec une intensité croissante. Le fait qu’elle concerne les policiers n’est pas non plus surprenante. Quel objet ou valeur de notre société est jugée assez respectable et sacrée pour être tenue à l’écart de toute violence? Pas les symboles ou les institutions de la République, pas les lieux de culte, pas les écoles ni les hôpitaux, pas les personnes qui viennent en aide aux autres etc. et donc pas les policiers.

Tous les citoyens ont intérêt à ce que leur sécurité soit préservée et que les lois de la République soient respectées. Nous payons des impôts dans ce but, pour qu’en toute circonstance de prévention ou de maintien de l’ordre, les policiers appliquent des protocoles appropriés à chaque situation, comportant des moyens et des techniques adaptés qu’ils maitrisent parfaitement grâce à leur formation, leur encadrement et leur sérénité dans l’action. Si une de ces conditions n’est pas remplie le risque de dérapage est avéré et l’objectif peut ne pas être atteint.

Il n’est pas acceptable que des professionnels du maintien de l’ordre se rendent coupables d’agression ou de violence vis à vis des personnes qu’ils sont sensés protéger. Quand cela se produit, c’est aussi inacceptable que la corporation soit hostile à l’enquête et aux sanctions car il est légitime de rendre justice aux victimes et parce que c’est indispensable et salutaire pour la corporation des forces de l’ordre. Chaque épisode de violence avérée nécessite une analyse systématique et dépourvue d’affect de l’enchaînement des faits pour identifier les causes et les corriger: défaillance du protocole, du matériel, de l’encadrement, du policier par défaut dans son recrutement, de sa formation ou de sa sérénité.

Il n’est pas acceptable non plus que des citoyens se rendent coupables d’une forme quelconque de violence ou d’entrave à l’exercice de leur fonction, vis à vis des personnes chargées du maintien de l’ordre. Cela devient même tout à fait révoltant lorsque ces professionnels sont attaqués dans leur vie privée. La rencontre à risque de violence entre le policier et le citoyen se produit soit à l’occasion d’un contrôle systématique soit parce que le citoyen est perçu comme étant en infraction. Dans ces situations, des manifestations de violence émanant du citoyen résultent de ce qu’il perçoit la démarche comme injuste ou inadéquate, ou de ce qu’il veut échapper au contrôle, ou encore de ce qu’il veut délibérément en découdre avec les forces de l’ordre.

Alors? EN FINIR AVEC LES VIOLENCES POLICIERES? Reprenons les éléments précédents, Il en découle des devoirs pour toutes les parties concernées: Eduquer pour obtenir que des valeurs, des lieux, des personnes dans l’exercice de leur fonction soient reconnus comme sacrés et tenus à l’écart de toute forme de violence. Maîtriser les situations de confrontation à risque de violence. Convaincre les citoyens que tout est mis en oeuvre pour tendre vers « zéro défaut ». Garantir aux policiers les moyens matériels et les compétences de leur encadrement. Les progrès réalisés dans les domaines de la pédagogie, du recrutement, de l’élaboration et du suivi des stratégies doivent améliorer l’efficacité de la police tout comme ils font progresser les entreprises.

Un problème crucial est certainement celui, fondamental, de la sérénité dans l’action. Les policiers sont des hommes et des femmes soumis aux mêmes instincts, pulsions, forces intérieures et aléas que tout autre être humain. Bien sûr, quand le policier endosse son uniforme, il fait abstraction de sa vie personnelle et se comporte en professionnel. C’est là encore un idéal que des erreurs de recrutement (dépistage d’une incapacité à maîtriser la frustration, l’agressivité, la colère – susceptibilité aux conduites addictives – tentation par l’ostracisme pour des motifs de genre, de race, de préférences sexuelles, d’appartenance syndicale ou politique – sympathie pour des thèses complotistes…), l’exaspération dans l’exercice professionnel, la peur face à l’hyperviolence et les aléas de la vie sont susceptibles de tenir à distance. Tendre vers « zéro défaut » dépend de la qualité du recrutement et d’un indispensable coaching personnalisé, professionnel, psychologique et social.

Quand les forces de l’ordre seront remplacées par des robots le « zéro défaut » deviendra accessible mais ça n’intéressera plus personne de les affronter parce qu’ils seront sans état d’âme et qu’ils ne représenteront pas le pouvoir politique.

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