Café Philo – Mai 2022: Faut-il se méfier de ses émotions?

Image empruntée à: https://trustmyscience.com/des-scientifiques-ont-cartographie-les-endroits-du-corps-ou-on-ressentirait-les-emotions/

Ce que j’en pense après le débat:

Les émotions sont universelles mais s’expriment différemment selon les cultures. Elles sont innées (désir du sein maternel) et ont une valence positive ou négative (joie, tristesse…) qui les relie à des structures cérébrales distinctes. Elles naissent soit de nos perceptions soit de notre imagination, elle-même nourrie par nos souvenirs. Le désir mimétique qui consiste à faire sien le désir d’un tiers rend compte d’émotions collectives comme la peur (panique d’une foule), la haine (lynchage). Les émotions sont définies par les neuroscientifiques comme des états subjectifs qu’on peut exprimer (dont on a conscience), qui s’accompagnent de manifestations corporelles (sous le contrôle du système nerveux autonome) et qui prédisposent à des actions. Cette définition permet de les distinguer des sentiments.

Pourquoi devrait-on se méfier de ses émotions? Les émotions stimulent l’impulsivité ou inhibent des comportements (transi de peur). Se méfier consisterait alors à renforcer le contrôle cognitif des émotions (exercé par les aires cérébrales préfrontales latérales) dans le but de parvenir à les moduler et à en contrôler les manifestations. Car elles modifient l’image de moi-même que je livre à autrui. Cette image peut échapper à mon contrôle et s’écarter de ce que je souhaite paraître et de ma réputation qui sont des paramètres importants de mes décisions. Cependant mon image peut aussi s’enrichir de la manifestation d’émotions positives et améliorer mes capacités de communication. Les émotions peuvent déclencher des réactions impulsives socialement inacceptables et répréhensibles (violences sous l’effet de la colère) mais ces réactions peuvent aussi me sauver la vie (fuite déclenchée par la peur). Enfin, en accord avec Descartes, les émotions peuvent perturber le jugement et modifier mes décisions rationnelles mais une dose d’émotion peut conduire à des choix plus acceptables.

Du point de vue de l’économie comportementale les émotions ont une « utilité attendue ». Elle ne se situe pas toujours à l’échelle de l’individu mais parfois le bénéfice concerne le groupe social (parce que les groupes qui coopèrent mieux se développent mieux). Et plus encore le bénéfice d’une émotion peut représenter un avantage adaptatif de l’espèce comme le montre la disparition des singes qui ont perdu la peur des formes longilignes sur le sol et ont été décimés par les serpents (https://institutducerveau-icm.org/fr/actualite/vacances-de-momo-sapiens/). Les émotions sont un facteur essentiel de mes décisions. Un excès d’émotion ou de son expression somatique peut perturber une conduite rationnelle mais aussi un déficit d’émotions peut me priver de certaines expériences (apprécier une oeuvre d’art), limiter mes interactions sociales à de froids échanges qui pénalisent l’évolution du groupe social, mettre en jeu ma survie et celle de l’espèce.

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