Café Philo – Mars 2022

Le bonheur est-il le sens de la vie?

Image empruntée au site: https://www.bedetheque.com/BD-Vie-a-t-elle-un-sens-La-vie-a-t-elle-un-sens-Bande-dessinee-et-Philosophie-199197.html

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  • Apprenons à distinguer bonheur et plaisir, s’ils ne sont pas contradictoires, ils sont souvent confondus Je n’ai jamais cherché le bonheur, qui désire le bonheur ? J’ai cherché le plaisir. Oscar Wilde (1854-1900)
  • Le débat classique sur la nature du bonheur : hédonisme versus eudémonisme
    Depuis l’antiquité, on distingue parmi les courants philosophiques deux grandes écoles : lescourants hédonistes (Cyrénaïques, mégariques et les cyniques, par exemple) qui considèrent le plaisir comme finalité de la vie et de la philosophie, et les courants eudémonistes qui font de la quête du bonheur la fin de la philosophie (Platon, Aristote, Épicure, les stoïciens).
  • Le bonheur est-il seulement une absence de trouble (ataraxie) ?
    Le bonheur est souvent considéré comme une absence de trouble (ataraxie). Dans cette conception théorique étroite et négative du bonheur qui est pensé comme “une absence de”, le bien-être et le confort suffisent au bonheur. Si l’ataraxie participe du bonheur, elle n’y suffit pas. Elle est condition nécessaire mais pas suffisante. Comment ne pas entendre le cri de la nature, qui ne réclame rien d’autre qu’un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d’inquiétude et de crainte ? Lucrèce (98-55 av JC)
    De la nature, Livre 11, V. 1-52
  • Faut-il souffrir pour connaître le bonheur ?
    Pour certains courants religieux, la douleur fait partie des conditions d’accès au “bonheur” ultime qu’ils proposent après la mort. La cessation de la douleur dans ce monde-ci est alors considérée comme un mal. Dieu avait dit à Ève : « Tu enfanteras dans la douleur » (Genèse 111, 16). Et comment pouvait-elle enfanter dans la douleur si elle était sous l’effet du chloroforme ? Simpson réussit à démontrer qu’on pouvait sans inconvénient anesthésier les hommes, parce que Dieu avait plongé Adam dans un profond sommeil quand Il lui avait enlevé une côte. Mais les ecclésiastiques mâles refusèrent de se laisser convaincre en ce qui concerne les souffrances des femmes, tout au moins dans l’accouchement. Bertrand Russell (1872-1970): Science et religion
  • Tous les sens que l’on donne à la vie n’ont pas la même valeur
    Certains sont des illusions et desservent l’Humanité au lieu de l’accomplir. Celui qui meurt pour le progrès des connaissances ou la guérison des maladies, celui-là sert la vie, en même temps qu’il meurt. Il est peut-être beau de mourir pour l’expansion d’un territoire, mais la guerre d’aujourd’hui détruit ce qu’elle prétend favoriser. Saint-Exupéry (1900-1944) Terre des Hommes, chapitre “Les hommes”
  • La participation du bonheur au sens de la vie et surtout au sens de notre vie. Vous êtes un enfant du Cosmos, pas moins que les arbres et les Étoiles; vous avez le droit d’être ici. Et qu’il vous soit clair ou non, l’Univers se déroule sans doute comme il le devrait. Soyez en paix avec Dieu, quelle que soit votre conception de lui, et quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme. Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant Beau. Prenez attention, tâchez d’être heureux. Anonyme: Trouvé dans la Cathédrale Saint-Paul de Baltimore en 169.
  • Le sens de la vie consiste aussi à goûter au bonheur essentiel de la vie
    c’est un état d’esprit avant tout contexte de vie. En dépit de l’âge, ne pas m’habituer à la vie. La vivre jusqu’au dernier soupir sur des charbons ardents. Toujours pour la première fois, avec le même appétit, la même surprise, la même affliction. Ne pas consentir à sa banalisation dans mes sens et mon entendement… Oublier à chaque coucher de soleil celui du jour précédent.
    Savourer les fruits du quotidien sans avoir leur goût en mémoire. Naître chaque matin. Miguel Torga (1907-1995):
    En chair vive (journal).
  • La vie est sa propre finalité, elle a son propre sens
    Mais pour l’être humain, en raison des exigences de la vie humaine, que vaudrait la vie sans la possibilité d’atteindre le bonheur ?
    Le bonheur n’est pas le but mais le moyen de la vie. Paul Claudel (1868-1955): En chair vive (journal)

Ce que j’en pense après le débat:

Je suis mal à l’aise avec la formulation de la question. J’ai appris qu’il fallait tout d’abord définir les termes, ici: bonheur, sens et vie. Le bonheur est peut-être un équilibre entre ce qui est ressenti comme tel et ce qui est ressenti comme du malheur à moins que ce ne soit que le résultat final de notre chimie cérébrale individuelle? Sens : s’agit-il de la signification, de la direction (le but?) ou de la perception sensorielle? Enfin de quelle forme de vie parlons nous? de ma vie individuelle, de la vie humaine depuis la nuit des temps ou cette interprétation de la question est-elle trop anthropocentrée et il faut considérer la vie universelle de toute espèce dans le cosmos? Dans le débat on s’est résolu à comprendre la question comme: Le ressenti de bonheur est-il le but de la vie humaine?

La vie a-t-elle un sens? Je pense que nos compétences cognitives ne nous permettent pas de comprendre d’où nous venons, pas plus que la signification de notre court passage dans ce monde. Elles ne nous permettent pas d’accepter non plus que ce que nous vivons n’a pas de sens. Puisque le sens de la vie n’est pas concevable, l’homme ressent la nécessité de s’en trouver un: c’est la raison d’être des religions. S’il faut trouver un sens ou un but, pourquoi pas le bonheur mais dans une conception qui ne nous oblige pas à considérer que la vie des gens malheureux n’a pas de sens. Le bonheur n’est pas le plaisir ni la satisfaction des désirs. C’est plutôt un état durable de contentement qui résulte de notre capacité à faire advenir un monde en conformité avec nos pensées sincères et libres. En un mot c’est l’Art de la Joie comme le titre du roman de Goliarda Sapienza.

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