Homo Sapiens dans la cité de Coralie Chevallier et Mathieu Perona publié en 2022 aux éditions Odile Jacob

https://cognition.ens.fr/en/news/homo-sapiens-dans-la-cite-15838

Bien sûr ce livre a un grand intérêt puisqu’il montre comment tirer profit des connaissances sur la cognition humaine au bénéfice des politiques publiques. Eviter les échecs de l’action publique, mieux allouer les ressources vers des actions ciblées efficaces, faire comprendre les objectifs d’une politique publique, identifier les obstacles dus aux biais cognitifs, simplifier les démarches administratives… tels sont quelques-uns des thèmes de réflexion pour lesquels on peut escompter une amélioration grâce à une meilleure prise en compte des comportements humains.

Cet ouvrage n’est pas, à proprement parler, un livre sur le cerveau, son exploration et les fonctions cognitives. Il fait appel aux sciences cognitives et en particulier aux sciences de la décision telles qu’on a pu les étudier dans « Les vacances de Momo sapiens » (https://critiquacroquer.fr/les-vacances-de-momo-sapiens-notre-cerveau-entre-raison-et-deraison-de-mathias-pessiglione-publie-en-2021-aux-editions-odile-jacob/) pour montrer comment des biais cognitifs bien identifiés (l’aversion à la perte, la procrastination, l’impulsivité…) affectent, parfois jusqu’à l’échec, l’action publique comme une campagne anti-tabac ou un programme d’aide à une population précaire. L’ouvrage rapporte de nombreux exemples pratiques. Citons en un pour illustrer: Trop de parents arrivent en retard à la crèche le soir. On décide d’une pénalité financière de quelques euros à chaque retard. Résultat après quelques mois, la situation est pire. La pénalité a justifié le retard puisque désormais ils payent pour le service rendu.

Aux incitations positives ou négatives lancées par le pouvoir public la réponse comportementale des individus est parfois inappropriée mais les causes sont identifiables et les effets prévisibles. C’est pourquoi les auteurs plaident pour renforcer les compétences cognitives des décideurs politiques par des formations adéquates et insérer si besoin des spécialistes de la cognition dans leurs équipes. Le propos est clair et documenté, l’écriture est plutôt agréable.

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