Le sentiment d’injustice justifie-t-il le recours à l’illégalité? Café Philo, Mai 2026

Nantes 2025 -photo personnelle

Ce que j’en pense après le débat:

L’injustice résulte d’un partage inéquitable des ressources matérielles ou immatérielles. Cette injustice fait partie de notre socle social parce que l’organisation de la société et du partage dépend de la position sociale de ceux qui l’assument. C’est ce qu’explique le philosophe américain John Rawle, il propose pour gommer l’effet de classe, que les organisateurs ne sachent pas quelle sera leur position sociale dans la nouvelle société (ouvrière au smic, richissime chef d’entreprise, maman solo, jeune au chômage, personne handicapée…). Dans cette hypothèse les sondages montrent que les organisateurs privilégient la protection sociale pour se prémunir eux-mêmes de la misère. Le partage serait alors tout autre. De facto le partage est inéquitable et l’injustice est quasi institutionnelle.
La prise de conscience de l’injustice fait naître le sentiment d’injustice qui appelle une réaction dans le but d’une amélioration à défaut de réparation. La conduite légale est alors de recourir au gouvernement et aux corps intermédiaires, élus pour garder et protéger les biens de tous les membres de la société. Une impuissance à obtenir écoute et satisfaction conduit à la soumission ou à la tentation de l’illégalité. Les victimes d’injustice se trouvent alors contraints à un arbitrage entre justice sociale et ordre social.
Privilégier l’ordre social en opposant l’inertie, la contrainte ou la force publique à de justes requêtes, c’est renforcer encore le sentiment d’injustice et pousser les victimes à la révolte. C’est semer des graines de conflits sociaux incontrôlables et donc fragiliser les institutions. La soumission des victimes n’est pas acceptable dans une société de citoyens égaux en droits et elle n’est jamais définitive. Peut-on cependant admettre le recours à l’illégalité et considérer qu’il existe des causes qui justifient une sorte de désobéissance civique? Sans doute faut-il aussi considérer les conditions dans lesquelles un recours à l’illégalité peut s’exercer en étant éthique et légitime. Cette solution extrême n’est envisageable qu’après que l’injustice soit avérée et déclarée. Il peut exister d’innombrables raisons pour qu’un sentiment d’injustice soit ressenti à tort et déclenche une colère entrainant des représailles qui seraient assimilables à une vengeance. Faire croître un sentiment d’injustice à l’insu de la communauté et des autorités, c’est fomenter une révolution. L’impuissance réelle à améliorer l’injustice par des moyens légaux doit être constatée de façon officielle. Les procédures illégales engagées le seront au bénéfice de tous. Elles resteront tolérables pour la société soit dans le respect des citoyens, de leur vie et de leurs biens.

Le recours à l’illégalité a joué un rôle déterminant dans l’Histoire, faut-il rappeler, parmi tant d’autres exemples, la lutte contre l’esclavage, la révolution française, la commune de Paris… La désobéissance civique institutionnalisée pourrait être la réponse à l’injustice institutionnelle. En attendant le ministère de la justice siège place Vendôme.

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