La culture est-elle un facteur d’humanisation? Café Philo Janvier 2026

Musée du Louvre, Paris 2026 (photo personnelle)

Ce que j’en pense après le débat:

Nous sommes pétris de culture. On la définit souvent comme la somme de nos savoirs et croyances, de nos arts et de nos lois, de nos moeurs, habitudes et traditions. Mais cela traduit mal à quel point nous sommes pétris de culture grâce à nos origines, notre éducation et notre environnement. Notre culture c’est l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, nos aliments, nos habits et la façon dont nous les portons, les espaces où nous nous déplaçons, nos moyens de transport et de communication, nos livres, nos spectacles et les sports que nous pratiquons, les règles que nous acceptons, la langue que nous parlons, la religion à laquelle nous adhérons, les choix politiques que nous faisons … De tout cela, chacun doit prendre ce qui lui convient, accepter ce qui lui est imposé et en faire sa propre culture. Et de la somme des cultures singulières, il se dégage une culture collective familiale, régionale, nationale et internationale avec une grande disparité entre les sociétés humaines et l’évidence que ce qui est bon pour les uns ne l’est pas forcément pour les autres.

Humaniser c’est rendre plus humain au sens de développer les qualités qui distinguent les humains des autres animaux et dans lesquelles on reconnaît la moralité, la raison, la créativité, l’empathie et l’adaptation sociale. La culture est spécifique des êtres humains et leur permet d’agir non plus en fonction de leurs seuls instincts mais aussi de valeurs, de symboles et de règles que nous élaborons et transmettons. La culture améliore-t-elle nos qualités humaines ou est-elle au contraire un facteur de déshumanisation? car si elle est nécessaire à la vie sociale, elle doit aussi conduire chacun à s’émanciper et se réaliser conformément à ses aspirations profondes. Par dessus tout la culture combat l’ignorance qui conduit à l’incompréhension des autres et de l’environnement, à des choix et comportements inappropriés et aux erreurs politiques. La culture crée des liens sociaux et de la solidarité.

Dans les états totalitaires la culture est souvent le moyen d’affirmer le pouvoir et inhiber toute contestation au détriment de l’émancipation et du libre arbitre des citoyens. Il existe de nombreuses formes de culture déshumanisantes. La tauromachie, un art capable de fédérer une société, est aussi l’expression d’un anthropocentrisme exacerbé, de la supériorité de l’homme sur l’animal, la célébration de la force et la satisfaction d’instincts de violence et de sang. L’excision imposée aux filles n’a pas d’autre justification que de soumettre les femmes. D’autres cultures font l’apologie ou ne découragent pas des idéologies racistes, sexistes ou autres ostracismes dont l’objectif est de dominer, opprimer voire éliminer d’autres groupes sociaux. En dehors de ces caricatures de déshumanisation, les normes culturelles peuvent être vécues comme oppressantes, la culture n’est plus choisie mais subie. Toutes les personnes de notre société n’ont pas envie de vivre avec un smartphone dans la main, de subir le harcèlement du démarchage téléphonique ou de participer aux réseaux sociaux mais c’est prendre le risque de n’être plus informé, d’être dévalorisé, marginalisé ou exclu. Et tous ceux qui se soumettent à ce diktat culturel s’exposent au risque de constituer une armée de citoyens stéréotypés qui renoncent à confronter la culture à leur esprit critique. La culture économique de nos sociétés évolue vers une politique du profit au prix d’une destruction de l’environnement, d’un appauvrissement des populations les plus fragiles, d’une détérioration des conditions de travail… qui s’impose à tous les citoyens.

Plus troublante est la constatation que nous n’acceptons notre humanité qu’à la condition que notre culture la déshumanise. Le corps humain est célébré mais on ne veut pas voir les défauts disgracieux, les taches et les rides, les poils sous les aisselles, ni sentir la sueur et autres odeurs corporelles. L’industrie de la mode et des cosmétiques s’évertuent à les faire disparaitre. Le handicap est ostracisé quand il ne peut pas être sublimé par le courage, l’héroïsme ou la technologie. Le vieillissement est camouflé par la chirurgie esthétique et cantonné dans des espaces dédiés, invisibilisés. La mort est médicalisée, aseptisée, ritualisée (pompes funèbres), symbolisée. Sans le voile que pose la culture sur notre humanité elle ne serait pas tolérable. La culture nous déshumanise pour notre bien et peut-être pour mieux nous humaniser ensuite. La conquête sexuelle active des femmes par les hommes est un instinct premier que l’éducation doit corriger et Freud considère qu’il s’agit d’une forme de déshumanisation nécessaire pour faire des hommes civilisés. La question du genre doit aussi être examinée du point de vue de la culture: la société a catégorisé le genre des individus en masculin et féminin alors que l’identité de genre et sexuelle des personnes est beaucoup plus diverse et variable. La culture déshumanise en imposant un genre stéréotypé mais en contrepartie, elle permet aux individus de s’y confronter pour s’y reconnaître ou pour le rejeter et finalement s’émanciper.

La culture nous identifie, nous permet de vivre en société tout en nous émancipant et d’évoluer. Elle peut s’avérer contraignante, parfois pour nous aider à vivre. Elle est un dangereux outil d’oppression dans les pays totalitaires.

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